Imaginez deux CRM managers qui lancent une campagne promotionnelle le même jour. Même secteur, audiences comparables, offres tout aussi attractives. Le premier voit ses emails arriver en boîte de réception, ses taux d'ouverture grimper et les ventes suivre. Le second constate une baisse : les désabonnements augmentent, les signalements spam se multiplient et certaines campagnes n'atteignent même plus la boîte de réception, et pourtant, leurs offres se valent.
La différence repose sur trois dimensions qui déterminent ensemble si un email est vu, compris et suivi d'une action : le contenu, le design et la pertinence.
Ces trois sujets sont souvent traités séparément. En réalité, ils influencent tous la même chose : la réaction de vos lecteurs. Chaque ouverture, chaque clic, chaque suppression ou signalement spam devient un signal. Les fournisseurs de messagerie s'en servent pour décider si vos prochains emails méritent une place en boîte de réception. Ces signaux sont le socle de votre délivrabilité.
Ce qui est moins évident : chacun de vos choix alimente ces signaux. Ciblage, objet, contenu, ton, design, fréquence d'envoi, et même la facilité à se désabonner.
Ce guide vous montre comment faire travailler ces leviers ensemble pour construire des emails qui performent dans la durée 🚀
Comprendre la chaîne de performance d'un email
Avant de parler contenu, posons les bases. Un email ne convertit jamais tout seul, avant d’arriver là, il doit franchir quelques étapes :
Arriver en boîte de réception → être ouvert → donner envie de cliquer → déclencher une action.
Chaque étape dépend de la précédente. Le meilleur copywriting du monde ne sauvera pas un email qui finit en spam, et un beau design ne compensera jamais un message sans intérêt. C’est l’ensemble qui convertit.
Comprendre la délivrabilité : pourquoi chaque choix compte
La délivrabilité désigne la capacité de vos emails à atteindre réellement la boîte de réception de vos abonnés, plutôt que le dossier spam. On la voit souvent comme un sujet purement technique. En réalité, elle dépend aussi de la qualité de vos emails et de l'attention que vos lecteurs leur accordent.
Les mailbox providers s'appuient sur des signaux de réputation, de plaintes et d'engagement, qui varient d'un fournisseur à l'autre. Les comportements positifs (ouvertures, clics, transferts) renforcent votre réputation d'expéditeur. Les comportements négatifs (suppressions sans lecture, plaintes spam, inactivités) peuvent la dégrader avec le temps.
Les retours utilisateurs, en particulier les plaintes spam, peuvent impacter directement votre placement en boîte de réception.
💡 Des emails utiles et engageants envoient des signaux positifs → meilleur placement en boîte de réception → meilleure performance business. C'est un cercle vertueux, et la qualité du contenu en est le moteur.
La délivrabilité, se joue aussi à chaque envoi : c’est là que se construit votre réputation d’expéditeur.
Pertinence : toucher la bonne personne au bon moment
Le contenu et le design déterminent l'apparence et la lecture de votre email. Mais avant toute chose, une question conditionne le reste : cet email est-il pertinent pour la personne qui le reçoit?
La pertinence couvre quatre dimensions : à qui vous envoyez, le niveau de personnalisation, la fréquence d'envoi et la facilité à se désinscrire. Bien maîtrisées, elles vous valent l'attention de vos lecteurs. Mal maîtrisées, même le meilleur contenu ne vous sauvera pas.
Segmentation : à qui écrivez-vous ?
À qui s’adresse cet email ? C’est la première question à se poser, avant même d’ouvrir l’email builder.
Envoyer le même message à toute votre base dilue son impact. Plus votre message est pertinent pour son destinataire, plus il a de chances d'être ouvert, cliqué et jugé digne de confiance.
La segmentation sert aussi à identifier les contacts à qui il vaut mieux ne plus rien envoyer. Continuer à solliciter des contacts inactifs dégrade votre engagement global, et votre délivrabilité avec. Pour aller plus loin : Hygiène de liste et gestion des destinataires.
Le destinataire est identifié. Que va-t-il voir en ouvrant l’email ? C’est là que la personnalisation entre en jeu.
Personnalisation : Bonjour {prénom}, et après ?
La personnalisation fonctionne par niveaux :
Aucune personnalisation
L'ajout du prénom
Des messages vraiment contextuels, construits sur ce que l'utilisateur a réellement fait
C'est au troisième niveau que se joue l'impact.
On associe souvent la personnalisation au prénom dans l'objet. C'est un bon début, mais vous pouvez aller bien plus loin avec deux types de données :
Données utilisateur : historique d'achat, wishlist, dernière visite, niveau de fidélité...
Données catalogue : produits, prix, images, recommandations...
Combinées, ces données permettent des messages vraiment contextuels :
✅ « Ça fait un moment Nina ! De nouvelles sneakers viennent d'arriver, et elles vont avec votre dernier achat »
❌ « Découvrez nos nouveautés »
✅ « Justine ! Barcelone à partir de 79 €, on dit ça on dit rien 👀 »
❌ « Nos meilleures offres de la semaine »
La différence n'est pas qu'une question de style. Le premier message montre au lecteur que vous le connaissez : ses habitudes, ses préférences, le bon moment pour le contacter. Le second aurait pu être envoyé à n'importe qui.
Nos recommandations :
Privilégiez la personnalisation contextuelle basée sur les actions de l'utilisateur.
N'en faites pas trop : trop d'informations dans un même message nuit à la clarté.
Un email personnalisé parle directement à son lecteur.
Fréquence d'envoi et pression marketing : trouver le bon équilibre
La qualité de vos emails ne suffit pas. La fréquence d'envoi compte tout autant :
Trop peu de communications, et votre marque risque de disparaître des radars.
Trop, et vous exposez vos abonnés à une lassitude qui mène aux désabonnements, aux signalements spam et, à terme, à une dégradation de votre délivrabilité.
La fréquence influence directement la perception de vos emails.
Pour entretenir une relation durable avec vos abonnés, plusieurs leviers :
Trouver la bonne cadence
Mettre en place un frequency capping et proposer un centre de préférences
Suivre les signaux d'engagement
Le lien de désinscription, meilleur allié de votre délivrabilité
Faciliter la désinscription protège votre délivrabilité. Un lecteur qui ne veut plus de vos emails a deux options : se désabonner ou vous signaler comme spam. Une plainte spam peut nuire bien plus fortement à votre réputation d'expéditeur. Il vaut donc mieux :
Afficher un lien de désinscription visible (pas un minuscule, texte perdu dans le footer)
Proposer un centre de préférences : moins d'emails plutôt que plus du tout
Ne jamais compliquer inutilement la désinscription. Quand le traitement repose sur le consentement, le RGPD impose que le retrait soit aussi simple que l'accord.
Gmail et Yahoo imposent des en-têtes List-Unsubscribe spécifiques aux expéditeurs de gros volumes. La désinscription devient donc une obligation technique, au-delà de la bonne pratique UX. Côté Batch, deux en-têtes sont ajoutés automatiquement à tous vos emails marketing : one-click et mailto
Le lien de désinscription visible dans le corps de l’email reste de votre responsabilité.
Pour aller plus loin : les erreurs fréquentes de footer et de lien de désinscription (et comment les corriger)
Une désinscription volontaire vaut bien mieux qu'un contact passif qui vous pénalise en silence.
Contenu : ce qui fait cliquer
Une fois la pertinence établie, le message prend le relais. Le contenu détermine si votre email est ouvert, compris et suivi d'une action, du premier mot de l'objet jusqu'au CTA final.
Objet et pré-header : gagner la bataille de la boîte de réception
Vous savez à qui vous écrivez. Vous avez pensé personnalisation. Il faut maintenant convaincre votre lecteur d'ouvrir votre email. Sans ouverture, rien ne se passe.
Un bon objet doit être clair, crédible et orienté utilisateur. Avant de le valider, posez-vous la question : « Pourquoi ouvrirais-je cet email maintenant ? »
Le pré-header joue un rôle complémentaire, souvent sous-estimé. S’il n’est pas utilisé, le pré-header reprend par défaut la première ligne du corps de l'email : c'est une occasion manquée. Bien utilisé, il ajoute du contexte, renforce la promesse et donne envie de cliquer.
Voyez le pré-header comme un prolongement stratégique de l'objet.
Nos recommandations :
Placez l'information clé en premier : sur mobile, l'objet s'affiche moins longtemps, et la troncature varie selon l'appareil et de la boite mail utilisé par le client. Restez sous 40 caractères, ou placez l'essentiel au début si vous allez au-delà. Laissez le pré-header porter ce que l'objet n'a pas besoin de dire.
Préférez la clarté à la créativité
Utilisez des éléments concrets : durée limitée, bénéfice, action, chiffre...
Évitez les formulations vagues (« Nos dernières offres », « Découvrez nos actualités »)
Alignez l'objet sur le contenu réel : une promesse trompeuse crée de la déception et des désabonnements
Testez plusieurs variantes (A/B ou A/B/C/D)
Exemple e-commerce (promotion) :
✅ Objet : « -30 % sur les sneakers, aujourd'hui seulement »
✅ Pré-header : « Offre valable jusqu'à minuit »
❌ Objet : « Nos dernières offres »
❌ Pré-header : « Découvrez nos nouveautés »
Exemples média (newsletter) :
✅ Objet : « 3 idées pour améliorer vos emails dès aujourd'hui »
✅ Pré-header : « 3 minutes de lecture »
❌ Objet : « Notre newsletter hebdomadaire »
❌ Pré-header : « Les dernières actualités »
Un bon objet donne une raison claire d'ouvrir.
Écrire pour être impactant en quelques secondes
L'email est ouvert. Tout va très vite à partir de maintenant.
Les lecteurs survolent généralement les emails marketing plutôt que de lire chaque mot. En quelques secondes, ils décident s'ils comprennent le message, s'ils sont intéressés et s'ils vont cliquer, aller plus loin.
C'est là que la rédaction fait toute la différence. Voici les 5 piliers d'un contenu qui convertit.
Rendre le message clair
Le lecteur doit comprendre immédiatement pourquoi il reçoit cet email. Parlez bénéfices utilisateur, pas fonctionnalités produit, et annoncez le sujet dès la première phrase.
✅ « Votre sélection printemps est là. -20 % jusqu'à dimanche. »
❌ « Nous avons le plaisir de vous annoncer notre nouvelle collection printemps-été... »
Se concentrer sur une seule intention (quand c'est possible)
Un email performant est centré sur un objectif principal. Empiler les CTA disperse l'attention et divise les clics. Le lecteur ne sait pas quoi faire, alors il ne fait rien.
Cinq CTA qui se disputent l'attention (passer à l’achat, lire un article, gérer son compte, parrainer un ami) : le lecteur finit par n'en cliquer aucun. Un seul CTA clair, et le chemin est évident.
Déclencher l'action
Le contenu doit mener naturellement à l'action. Le CTA en particulier doit employer un langage d'action et exprimer ce que l'utilisateur y gagne, pas ce que vous proposez.
✅ « J'en profite » / « Voir les nouveautés »
❌ « Cliquez ici » / « En savoir plus »
Équilibrer texte et images
Il n'existe pas de ratio texte/image universel. Un email doit rester lisible sans ses images, les emails 100 % image sont donc à proscrire. Le texte porte le message et les images sont là pour le renforcer.
Pourquoi ? Parce que certains clients mail désactivent les images par défaut. Si votre message repose uniquement sur des visuels, une partie de vos lecteurs ne verra rien. C'est aussi une question d'accessibilité : un email lisible sans images reste compréhensible pour tous, y compris pour les lecteurs qui utilisent des outils d'assistance.
Surveillez aussi le poids de vos images : des fichiers lourds ralentissent le chargement et dégradent l'expérience de lecture, surtout sur mobile.
Penser mobile
La plupart des emails sont lus sur mobile, souvent en déplacement ou entre deux réunions. Et c'est pourtant l'un des aspects les plus négligés : beaucoup d'emails sont conçus sur ordinateur et jamais testés sur mobile avant l'envoi.
Résultat : texte trop longs, CTA difficiles à atteindre sur mobile, images mal recadrées.
L'exigence est simple : votre email doit être compris instantanément, quel que soit l'écran. Phrases courtes, mise en page aérée, CTA adapté au mobile. Si le lecteur doit faire un effort pour comprendre, il ne cliquera pas.
Un bon email donne au lecteur une raison d’agir.
Ton of voice : écrire comme on parle à un client
Le contenu, c’est ce que vous dites. Le ton, c’est la façon de le dire. Et c’est souvent lui qui décide si l’email sera lu entièrement ou fermé.
Un message générique, même avec une excellente offre, engage moins qu'un message qui semble écrit pour vous. C'est une question de confiance : on s'arrête sur les emails qui nous parlent.
✅ « On a pensé à vous pour celui-ci. »
❌ « Chers clients, nous avons le plaisir de vous informer... »
Quelques principes pour trouver le bon ton :
Adressez-vous directement au lecteur (« vous ») : évitez « nos clients » ou « les utilisateurs »
Gardez un registre humain, même sur des sujets commerciaux : un email n'est pas un catalogue
Adaptez le ton au contexte : une campagne de réactivation ne s'écrit pas comme une promo flash, un email transactionnel ou une newsletter
Restez cohérent d'un email à l'autre : un ton constant crée de la confiance et une notorieté de marque
Évitez le jargon interne : votre lecteur ne connaît pas vos codes
Un bon ton of voice rend simplement la lecture naturelle et fluide.
Design : rendre l'action évidente
Le contenu porte le message. Le design le rend accessible. Son rôle n'est pas seulement de rendre l'email agréable à lire, il guide le regard vers l'action.
Rendre le message visible, lisible et actionnable
Voici les 3 piliers d'un design efficace :
Créer une hiérarchie visuelle
Le premier rôle du design est d'établir une hiérarchie claire : le lecteur doit savoir où regarder en premier, sans chercher. Concrètement :
Mettre en avant les éléments clés (titre, offre, CTA)
Créer des niveaux de lecture (titres, sous-titres, blocs distincts)
Éviter les mises en page denses qui noient l'essentiel
Faciliter la lecture en diagonale
On l'a vu côté contenu : vos lecteurs survolent. Le design doit accompagner ce comportement. Pour cela :
Utiliser des blocs courts et aérés
Laisser respirer la mise en page (avec des espaces)
Éviter les longs paragraphes
Rendre l’action évidente
Enfin, le design doit rendre le CTA impossible à manquer. Concrètement :
Rendre le CTA visible sans scroller
Utiliser un contraste visuel fort
Supprimer toute distraction visuelle autour
🎓 Le design des emails fait l'objet d'un module dédié sur la Batch Academy. N'hésitez pas à le suivre pour aller plus loin.
Le clic, et après ?
On l’oublie souvent, mais la performance d’un email se joue aussi après le clic.
Un email peut générer beaucoup de trafic sans aucune conversion, simplement parce que la landing page ne tient pas sa promesse.
Exemples fréquents
Email 1 : « 3 conseils pratiques pour améliorer vos emails »
❌ La page d'accueil générique du blog
✅ L'article lui-même, directement
Email 2 : un email chaleureux et personnalisé
❌ Une landing page froide et transactionnelle
✅ Une page au ton aligné, qui prolonge la relation amorcée dans l'email
Pour maximiser l'impact, assurez une continuité parfaite entre l'email et la landing page : même promesse, même ton, même offre, sinon, l’utilisateur repart.
Tester pour progresser
L'A/B test ne se limite pas aux objets. Tout peut se tester : CTA, structure, ton of voice, heure d'envoi.
Quelques règles :
Testez une seule variable à la fois
Posez une hypothèse avant de lancer : « Je pense qu'un CTA à la première personne générera plus de clics »
Documentez vos résultats : chaque test nourrit le suivant
Testez, mesurez, recommencez. C’est comme ça que les marques progressent en email.
🎓 L'A/B test fait l'objet d'un module dédié sur la Batch Academy. N'hésitez pas à le suivre pour aller plus loin.
Checklist avant envoi
Conclusion
Un email performant c'est l'équilibre subtil entre contenu, design et pertinence qui construit une performance durable (et c'est ce qui rend le sujet si passionnant) :
🎯 La pertinence détermine si votre email mérite sa place en boîte de réception
✍️ Le contenu détermine s'il intéresse et déclenche l'action
🎨 Le design détermine s'il est facile à comprendre
Bien sûr, la qualité du contenu ne compense pas un problème d'authentification ou d'infrastructure d'envoi. Mais réunissez ces trois leviers, et l’engagement de vos contacts devient votre meilleur atout délivrabilité.
Chaque campagne est une nouvelle occasion d'envoyer les bons signaux :
Aux mailbox providers, qui décideront de votre visibilité
À vos abonnés, qui décideront d’ouvrir vos mails, de cliquer ou de vous oublier
La meilleure stratégie email, c'est celle que vos lecteurs attendent. Tout le reste en découle !
Justine Di Meo
Team Lead Onboarding & Care