On a analysé les campagnes envoyées via Batch. Voici les chiffres, et les premiers enseignements à en tirer.
Depuis mi-juin, vous avez reçu des emails au sujet inhabituel : « Information relative à vos emails », « Notre politique de suivi évolue », « Vos préférences de confidentialité changent ». La date du 14 juillet 2026 est passée.
C'est le troisième article de notre série sur la recommandation CNIL. Le premier décryptait le texte, le deuxième expliquait comment exécuter les campagnes. Celui-ci raconte ce qui s'est réellement passé, données à l'appui.
Pourquoi vous avez reçu ces emails
La CNIL a publié le 14 avril 2026 sa recommandation sur les pixels de suivi dans les emails. Les pixels y sont qualifiés de traceurs au sens de l'article 82 de la loi Informatique et Libertés. Leur usage à des fins marketing (mesure de performance, scoring, ciblage, profilage) est soumis au consentement préalable.
Pour les adresses collectées avant le 14 avril 2026, la CNIL a prévu un régime transitoire. Pas de re-consentement rétroactif, mais une obligation : informer les destinataires de l'usage des pixels et leur permettre de s'y opposer facilement. Le tout dans un délai de 3 mois, soit avant le 14 juillet 2026.
D'où la vague d'emails de ces dernières semaines.
Un principe cadre tout le reste : c'est l'envoi qui vaut information (la preuve d'envoi compte, pas l'ouverture), et dans ce régime transitoire aujourd'hui clos, tout contact pré-14 avril qui n'a pas encore cliqué sur le lien d'opposition reste trackable.
Le chiffre : 1,46% de refus explicite
On a analysé un panel de 110 millions d'emails d'information, envoyés entre mai et juillet 2026 par des marques françaises, sur des bases allant de quelques dizaines de milliers à plusieurs millions de contacts.
Sur l'ensemble du panel, le taux de refus explicite s'établit à 1,46% des emails envoyés. La médiane par campagne est de 1,41%.
Taux d'ouverture : 32,9% en panel agrégé, 38,5% en médiane, de 12,1% à 59,4% selon les campagnes.
Refus explicite / envoyés : 1,46% en panel agrégé, 1,41% en médiane, de 0,05% à 4,90% selon les campagnes.
Refus explicite / ouvreurs : 4,44% en panel agrégé, 4,08% en médiane, de 0,19% à 9,16% selon les campagnes.
Ces chiffres sont arrêtés au 15 juillet 2026. Ils peuvent encore monter : un destinataire qui n'a pas ouvert l'email au moment de la mesure peut le faire plus tard et s'opposer à ce moment-là.
Autrement dit : la mise en conformité ne détruit pas votre base. En agrégé, plus de 98% des contacts sollicités restent mesurables.
Note de méthode
Ce panel n'est pas représentatif du marché. Ce sont des marques qui ont mené la campagne dans les temps, donc les plus avancées sur le sujet. Le secteur d'activité ne ressort pas comme un facteur discriminant : sur ce panel, deux marques d'un même secteur s'écartent davantage l'une de l'autre que les moyennes sectorielles ne s'écartent entre elles.
Ce qui change le résultat : l'objet du mail
Aucune des 19 campagnes à objet renseigné n'a cherché à faire du clickbait. Tous les objets sont sobres et transparents. Et pourtant, les taux d'ouverture vont de 12% à 59%.
Objet centré destinataire (« vos préférences », « vos emails », « vos choix », 6 campagnes) : 44,9% d'ouverture moyenne, 4,6% de refus parmi les ouvreurs.
Objet centré entreprise (« notre politique », « nos communications », 12 campagnes) : 32,4% d'ouverture moyenne, 4,7% de refus parmi les ouvreurs.
Douze points d'écart à l'ouverture. Et un taux de refus parmi les ouvreurs quasi identique.
L'objet détermine combien de personnes voient le message. Il ne détermine pas combien refusent. Une fois le mail ouvert, la proportion de gens qui s'opposent reste stable, autour de 4,6%.
Le possessif à la deuxième personne fonctionne. L'objet le plus juridique du panel, centré sur la recommandation et ses termes techniques, plafonne à 30% d'ouverture, sous la moyenne des objets centrés destinataire.
Un objet volontairement tiède ne protège pas votre base. Il ne réduit pas la proportion de gens qui refusent, seulement le nombre de gens qui ont lu.
Ce qui a manqué : le temps
Le régime laissait 3 mois. C'est court pour un chantier qui mêle le juridique, le technique et l'UX. À titre de comparaison, la Garante, l'équivalent italien de la CNIL et à ce jour la seule autre autorité de l'UE à s'être positionnée sur le sujet, avait accordé 6 mois.
Dans le panel, une partie des expéditeurs a planifié ses envois 6 à 10 jours seulement avant le 14 juillet, en partant de la date limite plutôt que de la date de publication du texte. D'autres avaient des campagnes prêtes, mais non envoyées. Les envois de dernière minute laissent voir que la préparation de ces envois a été un réel défi pour les équipes.
Trois facteurs ont pesé.
Le calendrier. Une échéance au 14 juillet, veille de pont et début de creux estival, offrait une fenêtre d'attention réduite.
La maturité inégale des acteurs. Batch était prêt dès la publication du 14 avril, mais tous les prestataires d'envoi ne l'étaient pas. Le sujet demandait de coordonner des équipes juridiques, produit et délivrabilité en parallèle.
La dimension européenne. Certaines marques qui envoient au-delà de la France ont renoncé à la campagne. La fragmentation des attentes pays par pays et l'incertitude sur le dispositif exact à déployer ont rendu le chantier trop lourd à sécuriser dans le délai.
Ce que le rush a coûté : la délivrabilité
Les fournisseurs de messagerie ne s'attendaient pas à cette vague. Aucun n'a prévu de traitement particulier pour laisser passer plus facilement ces emails d'information réglementaire. Au contraire : ce trafic inhabituel, concentré sur quelques jours, a joué contre les expéditeurs. Résultat, sur les 23,85 millions d'emails observés au niveau des fournisseurs, le taux d'acceptation agrégé tombe à 95,0%, avec de fortes disparités.
Gmail : 99,3% d'acceptation, 0,5% de rejets temporaires, 0,0% de blocages, 38,7% d'ouverture.
Hotmail / Outlook : 88,2% d'acceptation, 10,6% de rejets temporaires, 0,9% de blocages, 22,9% d'ouverture.
Orange : 81,9% d'acceptation, 10,2% de rejets temporaires, 7,2% de blocages, 30,2% d'ouverture.
Gmail a absorbé le volume sans dégradation de son taux d'acceptation. Les messageries de Microsoft, elles, ont déclenché leurs filtres face à ce trafic anormal : plus de 10% de rejets temporaires, des délais de remise et un risque d'expiration des tentatives de renvoi.
Les fournisseurs locaux ont réagi encore plus fort. Chez Orange, près de 1 email sur 5 n'a pas été accepté, dont 7,2% de blocages francs. Sur le lot le plus volumineux, le taux d'acceptation descend même à 78,5%.
Le warmup a joué. Les expéditeurs qui ont étalé leur montée en charge affichent un taux d'ouverture moyen de 32,8%, contre 24,4% pour ceux qui ont tout envoyé en un jour. La règle connaît une exception : un warmup soigné ne compense pas une base de mauvaise qualité.
Le coût final est calendaire. Un email bloqué par Microsoft ou rejeté par Orange n'a informé personne : il faut le renvoyer. Or planifier ses envois à 6 ou 10 jours de l'échéance ne laisse aucune marge. Une partie de ces rebonds n'a pas pu être re-sollicitée avant la date limite fixée par la CNIL.
L'autre erreur : cibler à l'aveugle
Certaines marques ont sollicité leurs inactifs sans filtrage, malgré le fait qu'un contact inactif n'ouvre pas ses emails. Conserver cette possibilité sous le régime dérogatoire n'a donc aucun intérêt tangible. La trace de ces envois est visible dans les rebonds définitifs (hard bounces), qui signalent des adresses invalides.
Le signal est net sur les domaines de messagerie historiques : le taux de rebond définitif atteint 2,0% chez Free et SFR, 1,8% chez La Poste, 1,7% chez Yahoo, contre 0,2% chez Gmail. Un écart de 1 à 10. Ces domaines concentrent les adresses les plus anciennes, souvent dormantes, qui n'ouvriront pas le mail : l'information n'atteint personne et le rebond dégrade la réputation d'expédition.
Envoyer à toute la base sans ciblage est pourtant le réflexe que la plupart des entreprises adopteront. C'est aussi ce qui génèrera le plus de plaintes pour spam et de dégâts de délivrabilité à terme.
Vous l'avez sans doute constaté : ces dernières semaines, vous avez reçu des emails de marques avec lesquelles vous ne vous souvenez pas d'avoir interagi. Chaque envoi de ce type rapproche les prochains messages de l'expéditeur du dossier spam.
La phase 2 commence maintenant
Le régime transitoire est fermé. Trois situations, trois régimes.
Vos contacts pré-14 avril que vous avez informés restent trackables, sauf ceux qui se sont opposés. Conservez la preuve d'envoi de votre campagne d'information et l'export des événements de refus. C'est ce que la CNIL vous demandera en cas de contrôle.
Vos contacts pré-14 avril que vous n'avez pas informés vous font perdre le bénéfice du régime transitoire. Le tracking marketing sur ces adresses nécessite désormais un opt-in explicite, à recueillir par un email dédié, sans pixel, renvoyant vers une page où le destinataire accomplit une action positive.
Vos contacts collectés depuis le 14 avril relèvent du consentement recueilli au moment de la collecte. Si votre formulaire d'inscription ne le demande pas encore, chaque nouvelle adresse entre dans votre base sans consentement, et vient grossir le volume à retraiter.
Ce qu'on en retient
La conformité coûte moins cher que la peur qu'elle inspire. Le premier bilan tient en trois constats.
Pas de tsunami d'opt-out. Le refus explicite reste marginal, à 1,46% des envoyés.
Un délai court. Trois mois et des attentes fragmentées d'un pays à l'autre ont empêché ou dissuadé une partie des éditeurs de profiter du régime dérogatoire.
Un impact délivrabilité probable à moyen terme. Les soldes et cette vague d'emails d'information se cumulent, ce qui met une forte pression sur le canal email et générera probablement des plaintes dans les prochaines semaines. La capacité à atteindre l'inbox pourrait en pâtir, sauf pour les expéditeurs qui ont lissé leurs envois et évité un envoi à toute leur base historique, comme la majorité des marques chez Batch.
Reste le signal le plus dur à chiffrer : beaucoup de destinataires n'ont pas compris de quoi on leur parlait. L'attention accordée à un email se compte en secondes, et le sujet reste technique, peu connu du public. La pédagogie sur les pixels reste à faire.
Et le sujet ne s'arrête pas au 14 juillet. Deux fronts à suivre. L'Europe : la France et l'Italie ont tranché, les autres autorités restent attendues, sans garantie d'approche commune. Et la mesure elle-même : soumettre le pixel au consentement finit par éroder le taux d'ouverture comme indicateur. Moins de pixels actifs, moins de visibilité sur l'engagement réel.
Comme sur tous les sujets sensibles, on continuera notre veille, on formera nos clients et on les accompagnera sur les pixels et la délivrabilité.
Références : recommandation CNIL sur les pixels de suivi (délibération n° 2026-042), support de webinar CNIL dédié aux éditeurs, documentation Batch sur la gestion du consentement pixels.
Baptiste Guerre
Delivery Manager & SE Strategic Expert @ Batch